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Quand ton plan d'entraînement rencontre ta vraie vie

Photo du rédacteur: Nadège Femery
Nadège Femery
il y a 13 minutes
5 min de lecture
« Sophie est un personnage fictif, mais sa situation ressemble à celles que je rencontre régulièrement dans mon métier de coach. »
« Sophie est un personnage fictif, mais sa situation ressemble à celles que je rencontre régulièrement dans mon métier de coach. »


Sophie avait 1h15 de vélo ce soir. Elle n'a que 40 minutes. Et si sa préparation ne se jouait finalement pas là ?


Sophie a 40 ans, elle travaille à temps plein, elle est maman de deux enfants en garde alternée et elle prépare son prochain triathlon.


Cette semaine, les enfants sont avec elle.

Sur son programme aujourd'hui, j'ai prévu 1h15 de vélo. Une séance structurée, avec un travail spécifique au milieu. Rien d'insurmontable. Sur le papier, tout rentre parfaitement dans la semaine.

Sauf que nous ne vivons pas sur le papier et qu'il est déjà 18h30.

Sophie vient de terminer sa journée de travail. Les enfants ont besoin d'elle. Le repas n'est pas prêt. Elle a dormi cinq heures la nuit dernière et, depuis ce matin, elle court déjà après le temps.


Elle regarde son programme.

1h15 de vélo.

Elle regarde l'heure, puis son vélo, puis probablement de nouveau l'heure. 😅

Et elle m'envoie un message :

« Je suis désolée, je ne vais pas réussir à faire toute la séance. J'ai peut-être 40 minutes. Je fais quoi ? »

Et c'est précisément là que commence mon travail de coach.


Première chose : enlever le « je suis désolée »


Sophie n'a rien fait de mal.

Elle n'a pas « raté » son entraînement. Elle n'est pas moins motivée. Et sa préparation ne vient certainement pas de s'écrouler parce qu'un mardi soir ne s'est pas déroulé comme prévu.

Alors ma première réponse ne concerne même pas les watts, les zones ou la durée de la séance, elle ressemble plutôt à :

« Aucun problème. On regarde ce qu'on peut faire avec tes 40 minutes et j'adapte la suite. »

Parce qu'avant de modifier son entraînement, il faut déjà éviter qu'elle ajoute de la culpabilité à sa fatigue.

Et ça, je trouve que nous n'en parlons pas suffisamment dans le sport amateur.


Maintenant, qu'est-ce qu'on fait de ces 40 minutes ?


Je ne lui réponds pas automatiquement :

« Fais 40 minutes au lieu d'1h15. »

Parce que raccourcir une séance n'est pas simplement couper les 35 dernières minutes.

Je regarde d'abord pourquoi j'avais programmé cette séance.

Quel était son objectif ?

Est-ce une séance importante dans sa semaine ? Quel travail était prévu ? Que vient-elle de faire les jours précédents ? Qu'est-ce qui arrive ensuite ? Quel est son niveau de fatigue ?

Et surtout : est-ce que faire cette séance aujourd'hui a encore du sens ?

Avec cinq heures de sommeil et une journée compliquée, la meilleure réponse peut être de conserver une version raccourcie.

Mais elle peut aussi être de transformer la séance en récupération très facile.

De la déplacer.

Ou parfois tout simplement de dire :

« Ce soir, tu récupères. »

Être coach, ce n'est pas défendre coûte que coûte ce qui était écrit dans le planning.

C'est savoir pourquoi on l'avait écrit.


Et le reste de la semaine ?


C'est souvent là que l'inquiétude arrive.

Sophie pourrait se dire :

« Si je ne fais pas cette séance aujourd'hui, il faut que je la rattrape demain. »

Pas forcément.

Et c'est même quelque chose que j'évite : transformer progressivement une semaine cohérente en gigantesque partie de Tetris où toutes les séances ratées doivent absolument retrouver une petite case. 😅

Imaginons que Sophie ait encore dans sa semaine une séance de course à pied importante, une natation et une sortie vélo plus longue le week-end.

Je vais regarder l'ensemble de la semaine, et pas uniquement le mardi soir.

Si je décale son vélo au mercredi, est-ce que je compromets sa séance de course du jeudi ?

Si je conserve les deux, est-ce que j'accumule inutilement de la fatigue ?

Est-ce que la séance du mardi apporte quelque chose qu'on ne retrouvera pas ailleurs dans la semaine ?

Puis je tranche.

Parfois je déplace.

Parfois je raccourcis.

Parfois je modifie la séance suivante.

Et parfois...

je supprime.

Oui. Une coach peut volontairement supprimer une séance. 😉


« Mais je vais prendre du retard… »


C'est probablement à ce moment-là que Sophie me pose la question.

Parce qu'elle prépare une course. Parce qu'elle a un objectif. Et parce qu'elle a peur qu'une séance en moins aujourd'hui devienne cinq minutes perdues le jour J.

Alors je lui rappelle quelque chose d'essentiel :

une préparation ne se construit pas sur une séance.

Elle se construit sur des semaines et des mois de régularité.

Ce qui m'intéresse, ce n'est pas que Sophie réussisse à cocher 100 % des cases de son programme.


Je veux qu'elle puisse s'entraîner suffisamment, récupérer suffisamment et continuer suffisamment longtemps pour progresser.

Une séance manquée ne détruit pas cette régularité.

En revanche, vouloir absolument tout faire malgré la fatigue, accumuler les séances, mal récupérer et recommencer le lendemain peut finir par la dégrader.

Alors non, Sophie.

Tu n'as pas pris de retard.

On vient simplement d'adapter le chemin.


Et si cela arrive toutes les semaines ?


Là, en revanche, mon travail change.

Parce qu'un imprévu est un imprévu.

Mais si Sophie m'écrit chaque mardi soir qu'elle ne peut pas faire sa séance de 1h15 parce que c'est systématiquement une journée compliquée avec les enfants...

le problème n'est probablement plus Sophie.

C'est mon programme.

Et c'est une nuance qui me paraît fondamentale.


Je peux avoir construit sur le plan physiologique une magnifique semaine d'entraînement. Si elle est impossible à intégrer dans la vie de mon athlète, ce n'est pas une bonne semaine d'entraînement pour elle.

Alors nous discutons.

Quels jours a-t-elle les enfants ?

Quels sont ses horaires professionnels ?

Quand peut-elle réellement s'entraîner sans courir après la montre ?

Quels créneaux sont fragiles et lesquels sont fiables ?

Et peut-être que cette séance de 1h15 n'a tout simplement rien à faire le mardi.


Parce que Sophie n'est pas uniquement une triathlète


Elle est aussi maman.

Elle travaille.

Elle dort parfois mal.

Elle a des semaines faciles et d'autres beaucoup moins.

Elle peut être extrêmement motivée le lundi et épuisée le jeudi.

Et tout cela fait partie des informations dont j'ai besoin pour l'entraîner.

Les watts m'intéressent.

Les allures m'intéressent.

La fréquence cardiaque m'intéresse.

Mais savoir comment va la personne qui produit ces watts m'intéresse tout autant.

C'est d'ailleurs pour cela que j'aime que mes athlètes me parlent.

Un :

« Coach, aujourd'hui ça ne passe pas. »

ne m'embête pas.

Au contraire.

Ça me donne une information avec laquelle je peux travailler.


Un plan d'entraînement doit pouvoir rencontrer la vraie vie


Il y aura évidemment des moments où je pousserai Sophie.

Des séances qu'elle n'aura pas forcément envie de commencer et qu'elle sera pourtant tout à fait capable de réaliser.

Être à l'écoute ne signifie pas supprimer tout ce qui devient difficile.

Adapter n'est pas renoncer à l'exigence.

C'est justement là que la relation entre l'athlète et son coach prend tout son sens : apprendre progressivement à distinguer le manque d'envie, la fatigue normale de l'entraînement, la surcharge de la vie quotidienne et le véritable besoin de récupération.

Ce mardi là, Sophie avait peut-être besoin de 40 minutes intelligemment adaptées.

Ou peut-être avait-elle simplement besoin que je lui dise :

« Va manger avec tes enfants. Ce soir tu récupères. Je m'occupe de la suite. »

Et demain, on continue.

Parce que mon travail n'est pas de faire rentrer à tout prix ta vie dans ton plan d'entraînement.

C'est de construire un entraînement qui te permette de progresser dans la vie que tu as réellement.


Crois en toi.

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